Pourquoi les naturopathes peuvent-ils induire le public en erreur sur leurs références ? Parce que personne ne prend la peine de les arrêter


Le Collège des médecins et chirurgiens du Nouveau-Brunswick a récemment menée une enquête et a découvert que 41 % des naturopathes de la province utilisaient des termes restreints comme « médecin » et « médecin praticien » en violation de la Loi médicale du Nouveau-Brunswick.

Ce chiffre peut vous surprendre, mais les médecins canadiens vous diront qu’ils ont remarqué une augmentation des fausses déclarations des fournisseurs de soins de santé au cours des dernières années. Il s’agit de praticiens sans diplôme de médecine qui se font appeler « médecins de famille » ou même experts dans le domaine d’oncologie, et certains laissent entendre dans leurs documents de marketing qu’ils ont obtenu leur diplôme en médecine. Ce type d’étiquetage enfreint également les règlements d’autres provinces.

‘Formé médicalement. Naturellement concentré’

Et pourtant, nous pouvons difficilement blâmer les naturopathes individuels pour la désinformation lorsque leurs organisations représentatives adoptent le même comportement. En 2016, l’Association canadienne des docteurs en naturopathie a adopté le slogan « Médicalement formé. Naturellement concentré ».

L’Ontario Association of Naturopathic Doctors note avec confiance sur son site Internet que, comme la plupart des écoles de médecine, l’école de naturopathie dure quatre ans, les étudiants apprenant les sciences fondamentales et accumulant 1 200 heures d’études cliniques supervisées. Cela soutient des affirmations comme celles d’une naturopathe ontarienne, qui déclare sur son site Web que les docteurs en naturopathie (ND) et les médecins « obtiennent des niveaux de formation similaires » qui sont « presque identiques ».

Cependant, les étudiants en médecine accumulent, selon des estimations prudentes, environ 4 000 heures d’études cliniques supervisées – dont la plupart se déroulent à l’hôpital, et non dans un cabinet de naturopathie. Plus important encore, tous les médecins suivent des années de formation en résidence après avoir obtenu leur doctorat en médecine. Entre l’obtention de mon diplôme en médecine et le fait de devenir médecin de famille, j’ai accumulé au moins 6 000 heures supplémentaires d’études cliniques supervisées. Beaucoup de mes collègues s’entraînent beaucoup plus longtemps. Si la comparaison est avec un MD nouvellement créé, il est alors très trompeur d’omettre le fait qu’un MD seul ne fait pas un médecin.

Certes, l’éducation en naturopathie implique des compétences scientifiques et cliniques de base, mais c’est incontestablement de la publicité mensongère que de prétendre qu’il s’agit d’une « formation médicale ». De nombreux professionnels de la santé suivent des programmes pluriannuels où les étudiants mémorisent l’anatomie, voient des patients dans des environnements supervisés et subissent des tests sur leurs compétences cliniques. Ce n’est pas une formation « médicale » – c’est la formation essentielle pour presque tout le monde dans le domaine des soins de santé. Et tout comme la « dentisterie » et les « soins infirmiers » sont des moyens clairs et sans ambiguïté de décrire ses antécédents, la « naturopathie » devrait également être un descripteur suffisant. La seule raison de commencer à utiliser le terme « médical » est de semer délibérément la confusion au sujet de votre éducation.

Cinq provinces (C.-B., Manitoba, Alberta, Saskatchewan et Ontario) ont des collèges de naturopathie qui réglementent la profession et ont pour mandat de protéger le public. L’été dernier, la chirurgienne albertaine, la Dre Carrie Kollias, a communiqué avec le College of Naturopathic Doctors of Alberta au sujet d’un naturopathe prétendant avoir «récemment obtenu son diplôme de médecine». Ils ont répondu que ce n’était « en aucune façon trompeur » parce que son site Web mentionnait l’école de naturopathie qu’il fréquentait. Mais les patients ne devraient pas être tenus de vérifier les antécédents de leur fournisseur. Utiliser les termes « naturopathie » et « médical » comme s’ils étaient interchangeables est un appât et un interrupteur conçus pour semer la confusion. Tolérer ce comportement en tant que régulateur est un manquement à son devoir.

Fournir un consentement éclairé

Les patients ont besoin d’informations simples sur leurs fournisseurs. La propagation de la désinformation ciblant les personnes intéressées par la santé alternative exige l’attention de nos régulateurs médicaux. Si vous êtes induit en erreur sur la formation de votre fournisseur, ce fournisseur n’a pas votre consentement pleinement éclairé. Et puisque le consentement éclairé est un droit fondamental en matière de soins de santé, ce n’est pas seulement une question de sécurité des patients, c’est aussi une question d’autonomie des patients.

Deux médecins inquiets, le Dr Quynh Nguyen-Giang et le Dr Linda LeBlanc de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick respectivement, ont écrit des lettres aux facultés de médecine provinciales et aux ministères de la Santé, les exhortant à régler ce problème. Ils espèrent également créer un registre en ligne où n’importe qui peut signaler une fausse déclaration du fournisseur. Cela aidera à accélérer les plaintes, à permettre une réponse plus organisée et à suivre l’étendue du problème. C’est un effort populaire louable à la lumière d’une réponse généralement terne des régulateurs médicaux.

Insouciance institutionnelle

Bien que le collège médical du Nouveau-Brunswick ait lancé une contestation judiciaire contre plusieurs naturopathes pour leur publicité mensongère, d’autres régulateurs semblent carrément indifférents – du moins en réponse aux appels des Drs. Nguyen-Giang et LeBlanc. Tout comme les règles entourant la naturopathie varient d’une province à l’autre, il en va de même pour l’apparente préoccupation manifestée par les facultés de médecine, certaines refusant même de s’attaquer à ce problème.

Donc, si nous ne pouvons pas compter sur les facultés de médecine et de naturopathie pour prendre cela au sérieux, le gouvernement doit intervenir. Les problèmes de sécurité des patients – en particulier ceux où les lois sont ouvertement bafouées – sont trop importants pour être ignorés. Nos ministères de la santé doivent commencer à lutter contre les fausses déclarations, défier les organisations de naturopathie qui promeuvent la désinformation et faire respecter les règles concernant la publicité mensongère sur la santé. S’attendre à ce que cela soit résolu par une guerre de territoire professionnelle est irresponsable. Le gouvernement doit au public des efforts réels et tangibles pour protéger l’exactitude des informations sur les prestataires de soins de santé.

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